Comment établir un plan de trésorerie finançable ?

Publié le 16 décembre 2019Thème : , Type: questions réponses

Établir un compte de résultat prévisionnel de la société cible et de la société mère qui acquiert les titres de la cible permet de valider la faisabilité du projet.

Toutefois, un résultat bénéficiaire – ou une capacité d’autofinancement positive – ne signifie pas que le projet est finançable, particulièrement dans un projet de reprise où le premier acte financier consiste à payer les titres de la société acquise, sans que cela ne crée de manière immédiate de la trésorerie.

Il est donc nécessaire de traduire le compte de résultat prévisionnel en plan de trésorerie.

Le plan de trésorerie (ou plan de financement) correspond, avec les incertitudes des prévisions, aux mouvements qui pourraient figurer sur le relevé du compte bancaire de la société.

 

Quels documents établir ?

Un plan de financement doit comprendre :

  • une analyse mensuelle des flux pour les deux premières années ;
  • un plan annuel sur les deux années suivantes.

L’objectif est de s’assurer qu’à aucun moment la trésorerie prévisionnelle cumulée en fin de mois n’est négative. Il n’est pas possible de prévoir un financement par emprunt bancaire et de laisser dans son plan de financement le recours à un découvert bancaire… sauf si celui-ci a été prévu dès le départ – ce qui est rare !

 

Le compte de résultat prévisionnel détaille mensuellement (la première année) les événements économiques tel qu’il est prévu qu’ils se produisent, en ne retenant que l’incidence sur le bénéfice de l’exercice : le chiffre d’affaires et les dépenses.

 

Le plan de trésorerie traduit les événements économiques, mais en tenant compte :

  • du calendrier des encaissements et des décaissements ;
  • de la réalité des flux de trésorerie, donc intégrant la TVA ;
  • des recettes de l’entreprise qui ne correspondent pas à du chiffre d’affaires : apport en capital et/ou en compte courant, emprunt et son remboursement mensuel, etc.

 

Le plan de trésorerie correspond au compte de résultat prévisionnel qui intégrerait, en plus, le calendrier des encaissements et décaissements et la TVA !

 

Dans la pratique : partir du compte de résultat prévisionnel

Le compte de résultat prévisionnel qui constitue la partie la plus fastidieuse à rédiger devient la source du plan de trésorerie.

Le plan de trésorerie se bâtit en deux étapes :

  • d’une part, à partir du compte de résultat prévisionnel, chaque opération économique est traduite en flux de trésorerie ;
  • d’autre part, tous les flux de trésorerie qui ne sont pas présents directement dans le compte de résultat sont analysés.

Pour chaque « case » remplie dans le compte de résultat, pour établir le plan de trésorerie, le repreneur va se poser les questions suivantes :

  • Cette dépense (ou recette) donne-t-elle lieu à un flux de trésorerie ?
  • À quelle date a lieu le décaissement (ou l’encaissement) ?
  • Y a-t-il de la TVA sur ce décaissement (ou encaissement), et à quel taux ?

La première question peut sembler étrange, mais s’applique bien à certaines dépenses : c’est le cas, notamment, des amortissements d’investissements. Un investissement de plus de 500 € HT ne peut être déduit fiscalement intégralement l’année où il est réalisé ; l’administration fiscale impose de constater en charge (baissant le bénéfice et donc l’impôt) par morceaux sur la durée prévue d’utilisation du bien.

Ainsi, un ordinateur qui vaut 1 200 € HT sera intégré dans le compte de résultat prévisionnel pendant 3 ans, avec une somme de 400 € chaque année.

Les amortissements ne correspondent pas à une dépense, mais à un étalement fiscal de la charge, donc ne doivent pas être présents dans le suivi de trésorerie pour le montant de l’amortissement annuel, mais bien pour le prix d’achat TTC, tel qu’il a été réellement décaissé ce jour-là (dans cet exemple, l’acquisition de l’ordinateur figurera dans le tableau de trésorerie mensuelle pour 1 200 × 1,2 = 1 440 €).

 

Pour les deux autres questions, le repreneur doit pouvoir répondre sur la date et la TVA. Dans certaines situations, la question de la TVA peut être plus complexe, notamment quand la société cible vend à l’export dans la Communauté européenne !

 

Par exemple, un client facturé en mars pour 1 000 €, dont le règlement est attendu en avril :

 

Compte de résultatPlan de trésorerie
Colonne recette de mars pour 1 000 €Colonne encaissement en avril pour 1 200 €
Colonne TVA à déclarer en mai pour 200 €

 

Le futur repreneur doit procéder ainsi pour chaque ligne de son compte de résultat prévisionnel.

L’avantage de ce type de fonctionnement est de pouvoir à tout moment modifier les paramètres de son compte de résultat, tout en disposant de la traduction immédiate en termes de flux de trésorerie. Pour ensuite tenir compte de tout ce qui ne figure pas dans le compte de résultat.

Les événements non pris en compte directement dans un compte de résultat mais ayant une incidence très importante dans un plan de trésorerie sont les suivants :

 

Apports en capital et en compte courant par les associés

Il s’agit d’un flux de trésorerie qui n’apparaît pas dans le compte de résultat prévisionnel, ne constituant pas un élément de chiffre d’affaires, mais un prêt !

 

Investissements

Le premier investissement est celui constitué par la société ou le fonds de commerce à acquérir. Cette dépense est un actif de la société et n’est donc pas intégrée dans le compte de résultat de l’année, dans la mesure où l’achat des titres ne rentre pas dans les dépenses visant à faire baisser le bénéfice. Il faut donc l’intégrer dans le plan de trésorerie de la société mère.

 

Octroi d’un ou plusieurs emprunts

C’est d’ailleurs parfois le dernier chiffre que l’on inscrit dans un plan de financement. Quand toutes les opérations de dépenses et d’encaissements ont été inscrites (y compris les apports des associés, les investissements à prévoir et bien évidemment le prix d’acquisition des titres), il en ressort un « trou » de trésorerie, et le solde de trésorerie le plus bas constitue le minimum de l’emprunt à trouver pour financer l’acquisition. Ne pas oublier, une fois le montant de l’emprunt défini, de prévoir les échéances de remboursement et de s’assurer que le solde de trésorerie cumulée n’est jamais négatif.

 

Mon banquier m’a dit de ne pas oublier le BFR… !

Que signifient ces termes sibyllins : BFR, ou besoin en fonds de roulement ?

Le fonds de roulement est une notion de gestion financière qui se définit comme l’excédent de ressources sur les emplois de trésorerie à long terme. Lorsqu’une société se constitue, les associés déposent le capital et procèdent éventuellement à des avances en compte courant pour une longue période.

Si les ressources (capital, comptes courants à long terme) sont supérieures aux emplois (investissements), la société dégage un fonds de roulement qui va lui permettre de financer… son besoin en fonds de roulement. Celui-ci correspond à la traduction financière du fait que, dans certaines situations, il faut payer les fournisseurs, stocks, salaires et charges sociales, publicité et communication, etc., avant que les clients n’alimentent la trésorerie. Il est donc nécessaire de financer la croissance de l’entreprise, et notamment le décalage de trésorerie lié à son activité.

Dans les sociétés qui vendent des produits sur Internet, par exemple, le client paie avant de recevoir la marchandise et, dans un certain nombre de situations, la société achète le bien quand elle l’a déjà revendu, voire quand elle a déjà été payée par son client. Ainsi, elle n’avance aucune trésorerie, et son besoin en fonds de roulement est nul, voire négatif. Elle n’a donc pas besoin de financement à court terme.

Dans une situation de reprise d’entreprise, l’évaluation de la trésorerie de départ est importante et détermine le besoin de financement du projet.

 

Toutefois, dans la démarche proposée, il n’est pas nécessaire d’évaluer spécifiquement le montant du besoin en fonds de roulement.

En effet, en utilisant les tableaux de suivi de la trésorerie proposés par la Maison de l’Entrepreneur, les flux de trésorerie sont traités en tenant compte précisément du calendrier de décaissement et d’encaissement. Donc, il n’est pas nécessaire d’évaluer un montant spécifique lié au calendrier de ces opérations, ni de l’intégrer dans le plan de financement : il l’est déjà !

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